"Je ne m'inspire plus du masque, je suis devenu le masque"
- Obou Gbais
LouiSimone Guirandou Gallery est heureuse de présenter The Invisible City, le nouveau solo show d’Obou Gbais.
Artiste ivoirien formé à Abidjan, Obou est repéré très tôt par LouiSimone Guirandou Gallery où il effectue son stage de dernière année avant son diplôme de l'École des Beaux-Arts d’Abidjan. Son langage plastique, déjà affirmé, s’impose rapidement par une signature forte : l’usage du masque Dan, motif central de ses compositions. Longtemps représenté dans sa forme la plus pure, ce masque devient au fil des années un territoire d’expérimentation. Il s’humanise, s’anime, laisse apparaître des regards, des expressions, des fragments d’émotion.
Mais derrière ces figures, un autre élément n’a jamais cessé d’exister : la ville, sa ville, son quartier. Locodjro, ses ruelles, ses habitations précaires, ses constructions empilées, bricolées, vivantes. C’est dans ce territoire que s’ancre profondément l’histoire personnelle de l’artiste. Contraint de fuir avec sa famille lors de la crise politico-militaire de 2002, ils trouvent refuge à Locodjro, où ils s’installent durablement. Ce déplacement marque un tournant intime dans la vie d’Obou. Locodjro devient un point d’ancrage, un lieu de reconstruction, mais aussi un espace d’observation, de mémoire et de projection.
Depuis, ce quartier irrigue son travail — dans ses formes, dans ses rythmes, dans cette énergie dense et vibrante qui traverse ses œuvres. Aujourd’hui, alors même que ces espaces sont fragilisés, transformés, parfois effacés, cette mémoire urbaine prend une résonance encore plus urgente.
Pendant longtemps, ces paysages étaient les décors silencieux des scènes de ses toiles. Aujourd’hui, ils en deviennent le sujet. Obou choisit de déplacer son regard, et de prendre un risque. Celui de s’éloigner de ce qui a fait sa reconnaissance pour explorer un territoire plus vaste, plus brut.
Pour The Invisible City, l’artiste donne à voir une ville que l’on regarde sans la voir. Derrière les façades des villas et des tours modernes d’Abidjan, une autre réalité s’étend : celle des quartiers informels, denses, instables. Une ville parallèle, invisible pour beaucoup, mais traversée de vies, de tensions et de solidarités.
Vues en plongée, architectures saturées, réseaux de câbles électriques improvisés, espaces surpeuplés : Obou cartographie ces territoires avec une précision presque obsessionnelle. Sur métal et sur toile, il restitue la matérialité de ces environnements (la tôle, le béton, les traces du temps) tout en laissant surgir une énergie colorée, vibrante, tellement humaine.
Ces structures, pensées comme temporaires, se sont installées dans la durée. Elles racontent une histoire urbaine marquée par l’urgence, les transformations politiques et les dynamiques de survie. Elles portent aussi une forme de beauté inattendue : celle de l’adaptation, de l’inventivité, de la vie qui insiste.
Dans cette exposition, la figure disparaît presque. Le masque s’efface. Et pourtant, l’humain est partout.
Aux fenêtres.
À travers les circulations invisibles.
À travers les liens.
The Invisible City parle autant de solitude que de communauté. Elle donne à voir des espaces fragiles, menacés, mais aussi profondément structurés par l’entraide. Ici, le voisinage devient une nécessité, la solidarité une stratégie, et l’improvisation une forme d’intelligence collective. L’artiste ne montre pas seulement un paysage. Il révèle ce qui, dans la ville, échappe au regard. Et nous oblige à regarder autrement.
En accompagnant Obou Gbais depuis ses années étudiantes aux Beaux-Arts, LouiSimone Guirandou Gallery a été le témoin attentif de son évolution. Le regard de l’artiste s’est aussi nourri des œuvres rencontrées à la galerie notamment les foules vibrantes du Professeur Ablade Glover et, l’architecture précaire et foisonnante de la Médina de N’Doye Douts, dont l’univers résonne aujourd’hui avec la représentation du Locodjro d’Obou. De ces résonances émerge une écriture dynamique et singulière.
La Galerie est heureuse d’ouvrir cette nouvelle page du parcours de l’artiste, inscrite dans la continuité d’une collaboration qui se construit dans le temps et se renouvelle à chaque exposition.

