Invasive Archives : Barbara Wildenboer

17 Septembre - 23 Décembre 2026

Invasive Archives explore l'Archive telle une écologie vivante, au sein de laquelle les savoirs, langues et rapports de pouvoir circulent aux côtés des graines, des racines et des spores.

 

Prenant comme point de départ la notion de "Bibliothèque coloniale"  développée par V. Y. Mudimbe (1941-2025), cette exposition s'inscrit dans la matière même de l'Archive, où les systèmes de classification continuent de façonner notre perception des paysages, des histoires et du monde naturel.

 

Invasive Archives prend corps à partir d'encyclopédies Kennis altérées, de cartes géographiques, de pâte à papier, de matériaux de reliure, de fibres végétales, de gomme arabique et de porcelaine. Le livre est déconstruit, désassemblé, ouvert à d'autres agencements. Les pages et les reliures cessent de constituer de simples supports du savoir pour devenir des lieux de transformations. À mesure que les fragments se déplacent, d'autres présences apparaissent : fibres, graines, formes végétales, empreintes géologiques, lignes et structures cartographiques.

 

Les interventions matérielles bousculent l'autorité de la page imprimée qui se fissure. L'encyclopédie ainsi altérée ne se limite plus à interroger ou à déconstruire les logiques de classification. Cette page devient poreuse, perméable à d'autres formes de présence et de savoir, jusqu'à devenir elle-même un espace de prolifération. Ici, l'encyclopédie n'est plus uniquement un support qui conserve et transmet le savoir, elle se transforme en un espace spéculatif, une matière vivante, susceptible d'être traversée, contaminée et transformée : où le fait et la fiction, la mémoire et la taxonomie, le savoir et l'expérience matérielle se rencontrent et se superposent.

 

Les plantes invasives qui traversent l'œuvre - figuier de Barbarie, vigne papillon, manioc - représentent bien plus que des espèces botaniques. Elles deviennent vectrices d'histoires de circulation, de culture, de commerce et de déplacement. On y entrevoit des histoires coloniales, livres, objets, êtres humains et non humains qui coexistent et s'entremêlent pour constituer une même archive, devenue instable, où les hiérarchies du savoir peuvent se déplacer et voyager. Des plantes qui prennent racine et transforment leur environnement tout en faisant écho aux trajectoires du savoir lui-même : des savoirs jamais totalement contenus, mais constamment transportés, traduits, appropriés et reconfigurés.

 

En réinterprétant ces structures, l'artiste nous invite à découvrir ce qui était tenu à distance de l'Archive : le vivant, le fragmentaire, le contradictoire, l'inclassable. Barbara fait émerger une archive qui ne cherche plus à stabiliser le monde, mais à accueillir ses débordements - une archive en mouvement, où le savoir se transmet moins par l'accumulation que par la transformation, la rencontre et la prolifération.

 

Invasive Archives interprète ainsi l'Archive comme une matière vivante, poreuse, en perpétuelle mutation: une écologie de fragments où histoires, matériaux, espèces et formes de savoir se rencontrent, se contaminent et font émerger de nouvelles relations.