"La couleur est un pouvoir qui influence directement l'âme."
- Prosper Aluu
LouiSimone Guirandou Gallery est heureuse de présenter Fragments of Knowledge, première exposition personnelle de l’artiste nigérian Prosper Aluu, du 26 mars au 9 mai 2026. Réunissant plusieurs séries de peintures ainsi qu’une installation réalisée dans le cadre de sa résidence en Côte d’Ivoire, l’exposition propose une réflexion sensible sur les différentes formes que peut prendre la transmission du savoir dans nos sociétés contemporaines.
Dans cette perspective, l’artiste ne considère pas l’éducation comme un système stable ou strictement institutionnel, il l’aborde au contraire comme une expérience fragmentaire, façonnée par les relations humaines, les environnements sociaux et les réalités du quotidien.
C’est ainsi que l’exposition traverse différents espaces d’apprentissage : la famille, la rue, la communauté ou encore la salle de classe. Ces scènes, parfois intimes, parfois collectives, révèlent les multiples formes que peut prendre la transmission du savoir, entre gestes ordinaires, expériences vécues et systèmes éducatifs formels. L’apprentissage y apparaît moins comme un état acquis que comme un processus continu, traversé par des attentes sociales, des incertitudes et des aspirations.
Cette réflexion trouve également sa traduction dans le langage plastique de l’artiste. La pratique de Prosper s’articule autour d’une technique qu’il nomme Abfillage, un langage visuel mêlant peinture figurative, abstraction et collage. Les figures émergent de surfaces composées de fragments de journaux et d’images imprimées, transformant les corps en archives vivantes où se croisent récits personnels et histoires collectives. Ces matériaux, issus de la presse et de la circulation de l’information, rappellent que la connaissance se construit aussi à travers les discours publics et les réalités sociales qui traversent nos vies.
Dans ces scènes d’apprentissage, un autre élément se distingue par sa discrétion : l’absence d’écrans. Les personnages évoluent dans un monde où le savoir circule encore par le livre, le papier, la parole et la présence des corps. En privilégiant ces supports tangibles, l’artiste souligne la dimension lente et attentive de l’apprentissage ; rappelant que la connaissance s’inscrit aussi dans la matérialité des mots, dans les gestes répétés de la lecture et dans le temps partagé entre celles et ceux qui transmettent et celles et ceux qui apprennent.
Au cœur de ces compositions apparaissent des portraits de personnes que l’artiste a rencontrées ou côtoyées au fil de son parcours. Au-dessus de leurs têtes apparaît une petite couronne dorée, motif récurrent dans son travail, qui confère à ces personnages une forme de noblesse symbolique et affirme la dignité de celles et ceux qui nourrissent, souvent de manière invisible, la transmission des savoirs. Les corps, volontairement disproportionnés — silhouettes allongées aux têtes réduites — constituent également une signature visuelle de l’artiste. En perturbant la hiérarchie habituelle du portrait, Prosper déplace l’attention du regard et invite à considérer le corps dans son ensemble, comme un lieu d’expérience, de mémoire et d’apprentissage.
Cette exploration des formes visibles et invisibles du savoir se prolonge également dans l’espace de l’exposition. Dans le cadre de sa résidence en Côte d’Ivoire pour préparer l’exposition, l’artiste a développé une installation intitulée The Weight of Knowledge (Le Poids du Savoir). Cette sculpture à taille réelle, métaphore des attentes sociales et intellectuelles qui accompagnent l’accès à l’éducation, représente un étudiant portant une pile de livres s’élevant à perte de vue. Constitués de journaux recouverts de résine et de pages remplies par des élèves et étudiants livrant leurs propres réflexions sur l’éducation et leurs attentes, ces livres deviennent des fragments de mémoire collective.
La réalisation de cette installation a également donné lieu à une collaboration avec deux élèves des Beaux-Arts de Paris, Lydia Matiégou-Keita et Chahid El Batti, venus effectuer leur stage de quatrième année auprès de l’artiste. Leur participation s’inscrit pleinement dans la réflexion portée par l’exposition, où la transmission du savoir se vit autant dans les gestes de création que dans les échanges entre générations.
A travers Fragments of Knowledge Prosper partage sa vision de l’éducation et des réalités qu’elle recouvre. L’artiste y explore les espoirs qu’elle suscite, de même que les pressions sociales, les attentes familiales et les inégalités qui l’accompagnent. L’apprentissage y apparaît comme une trajectoire à la fois personnelle et collective, façonnée par les responsabilités, les ambitions et les espoirs que les sociétés placent en chaque génération.

