Depuis plus de dix ans, Saleh Lô développe une pratique artistique fondée sur l'immersion, l'écoute et la rencontre. Son travail s'intéresse aux individus et aux communautés que les récits dominants tendent à reléguer aux marges : enfants des rues, descendants d'esclaves, populations métisses ou personnes confrontées à l'exclusion sociale. Avant de peindre ses sujets, l'artiste partage leur quotidien, construit une relation de confiance et prend le temps de comprendre leurs réalités.
Cette démarche trouve une expression particulièrement forte dans son travail consacré aux Talibés. Présents dans son univers artistique depuis 2012, ces enfants deviennent les protagonistes de portraits d'une grande intensité où l'artiste cherche moins à documenter une situation sociale qu'à restituer une présence, une dignité et une individualité. À travers ces œuvres, Saleh Lô interroge notre regard collectif et nous invite à voir au-delà des stéréotypes ou de l'habitude qui rendent certaines réalités invisibles.
Peinture, dessin et installation se répondent dans une œuvre où les matériaux eux-mêmes deviennent porteurs de sens. Les boîtes de concentré de tomate, omniprésentes dans ses installations, constituent à la fois des objets du quotidien, des marqueurs économiques et des symboles directement associés à la vie des Talibés. Transformées en supports d'expression, elles deviennent les témoins silencieux d'histoires individuelles souvent ignorées.
À travers son travail, Saleh Lô fait de l'art un espace de visibilité, de reconnaissance et de réparation symbolique. Son œuvre nous rappelle que regarder n'est jamais un geste anodin : c'est aussi une manière de reconnaître l'humanité de l'autre.

