LouiSimone Guirandou Gallery est heureuse de commencer l’année 2026 avec “World of Wonders”, un duo show réunissant les œuvres de Prince Obasi et Dramane Toloba. À travers ce dialogue, la Galerie explore la figure de l’enfance comme un territoire sensible, intime et universel, où se croisent mémoire, transmission et devenir.
Chérubin ailé, cupidon malicieux, Christ des nativités ou bambin royal des portraits de cour, l’enfant a toujours constitué un sujet omniprésent dans les arts visuels. Sur le continent africain, la figure de l’enfant s’inscrit naturellement dans une pensée de la transmission. Elle relie les générations, porte la mémoire autant qu’elle esquisse le devenir.
Du Marocain Anuar Khalifi, portraitiste de jeunes êtres turbulents, au Sud-Africain Nelson Makamo, dont le travail s’inspire profondément de l’innocence des jeunes vies des zones rurales de son pays, de nombreux artistes contemporains africains continuent de chérir cette figure pour sa puissance expressive. Ainsi, les scènes d’enfance, longtemps associées à la gaité et l’insouciance, se chargent d’une lecture plus lucide. Ils prennent forme sur le carton, matériau fragile et intimement lié à la rue et aux quartiers précaires chez Armand Boua et sourient de toutes leurs dents chez Aboudia alors que leurs regards portent la trace d’un monde instable. Partout, l’enfance demeure un espace de projection sensible, à la fois jeu, présence et conscience du monde.
C’est dans ce sillage que s’inscrivent les œuvres de Dramane Toloba et de Prince Obasi pour World of Wonders. Tous deux portent un regard attentif sur les scènes ordinaires de la vie, celles où l’enfance se déploie dans le jeu, les gestes simples, la présence protectrice de la mère.
Toloba compose ses scènes à partir de fragments de tissus assemblés sur la toile animée par les trombones marquant le lien chez l’Artiste. Cette matière recomposée évoque une mémoire sensible, faite de récits superposés, de gestes transmis, de mondes cousus ensemble. Ses toiles lumineuses laissent affleurer une nostalgie douce : celle des contes autour du feu, des devinettes partagées, des courses entre amis et des jeux collectifs. Elles suggèrent la disparition progressive de ces moments de joie et de transmission, remplacés par des formes de solitude plus silencieuses. Les personnages portent en eux la chaleur de ces instants passés.
Chez Obasi, l’enfance se révèle dans la délicatesse des instants partagés. Les scènes qu’il propose sont baignées d’une lumière tranquille, où l’amour maternel, le jeu et l’attention au quotidien dessinent un espace de protection. L’artiste revisite le portrait de famille bourgeois, en y insufflant une sensibilité nouvelle, à la fois intime et universelle. L’enfant y apparaît comme un être pleinement présent, ancré dans un monde encore habité par l’émerveillement.
En dialoguant au sein de World of Wonders, les œuvres de ces deux artistes nous invitent à reconsidérer l’enfance non comme un souvenir lointain, mais comme une manière d’habiter le présent. Un monde de merveilles, fragile et essentiel, où s’abrite peut-être ce que nous portons de plus juste.

